vendredi 21 novembre 2014

Champion de France militaire d'escalade



Petite crise de la trentaine ? Ego trip ?? Poussée nombriliste ??? Qu’est ce qui lui prend à Tonio de faire un post avec un titre aussi pompeux et que des photos de lui ? Il n’est vraiment pas bien le type, à parler de lui à la troisième personne du singulier…
Non, je vous rassure. Ca ne va pas trop mal. En tout cas pas plus mal qu’avant J
Juste un peu de mal à cacher ma joie, dissimuler ma fierté. Et puis zut, j’assume. Je suis vraiment content de ce titre de Champion de France militaire d’escalade. Pour être honnête je visais juste une place en final, alors un podium et sa première place, ce n’est que du positif.

Le Championnat de France Militaire d’Escalade (CFME) a lieu tous les ans au gymnase de l’Ensa à Chamonix à la mi novembre. Depuis quelques années, il est agrémenté d’un Championnat International du Sport Militaire (CISM). Des grimpeurs internationaux de grande classe viennent nous mettre des pilules dans les voies et dans les blocs… C’est quand même super classe de se retrouver en finale avec des grimpeurs comme Klemen Becan (slovénie), Marcello Bombardi  (italie), Patrick Nacht (suisse) qui tournent tous en coupe du Monde.


Klemen Becan, à l'aise en finale...

Chaque année nous partons en expédition avec le GMHM, classiquement début septembre pour rentrer fin octobre. En 2012 nous revenions du Kamet. En 2013 nous revenions de notre première tentative au Shishapangma. Autant dire qu’il est difficile de reprendre la forme en 1 mois d’escalade après 2 mois de camp de base. A chaque fois c’est un plaisir de grimper au CFME qui reste une compétition avec un esprit sympa.
J’avais pourtant la frustrante sensation de ne pas pouvoir m’exprimer à 100%. Cette année l’expé réussie en avril/mai au Shishapangma nous a couté quelques plumes et je n’avais pas trop envie de repartir cette automne. J’étais donc plus libre cet été pour me préparer pour les prochains projets du groupe  et surtout pour grimper.

Depuis début septembre nous avons mis en place, avec une précieuse aide extérieure, un entrainement plus rigoureux. J’ai presque l’impression que l’on ressemble à de vrais sportifs J
Entrainement mental avec Karine Edouard. Nutrition et préparation physique avec Laurent Buttafoghi. Suivi osthéo avec Sébastien Bourgeon… aux petits soins le GMHM. Il est encore trop tôt pour vérifier l’efficacité de notre préparation sur les plus hautes montagnes de la planète. Cependant, j’ai l’impression que pour mon cas et pour la partie escalade ça semble fonctionné plutôt très bien.
Le 31 octobre dernier, j’enchaine mon premier 8b en falaise. Le 14 novembre dernier je clipe la chaine de mon premier 8a à vue (en salle). Prêt pour les CFME on dirait !


Les copains que j’emmène prendre l’avion pour la Patagonie lundi dernier me rajoute une couche de pression : « Si tu fais pas podium, on te parle plus en rentrant …»
Merci Nono Bayol, tu m’aides vachement !!

Revenons à la compétition :
Mercredi 20 novembre, nous voilà à 7h30 au gymnase de l’ensa à regarder les démos dans les voies de qualification… Un joli 7a (ouvert par le célèbre Pétiole) puis un magnifique 7b (ouvert par Greg Muffat et Nico Potard). L’essentiel est assuré, j’enchaine les 2 voies et me qualifie pour les ½ finales du lendemain.
Jeudi 21 novembre, re 7h30 !!  Au programme un 7c/c+ assez sélectif qui part dans le toit de l’ensa, traverse en déescalade à gauche pour rejoindre le copy-rock très technique et résistant. La pression monte un peu en isolement. Mon vrai objectif est de me qualifier pour la finale. 8 français seront sélectionnés. J’ai intérêt à bien grimper et tout donner…Le palpitant s’accélère quand viens mon tour. Vite les petites vagues. Inspirer, expirer… ça va pas mal. Je fais quand même une belle erreur de lecture qui manque de me faire tout foirer à la moitié de la voie. Bizarrement, après être presque tombé, je me détache complétement de la pression. Je me dis que la suite n’est que du positif car je suis encore en train de grimper… Bien relâché et parfaitement concentré sur l’instant présent, je prends du plaisir à grimper et monte bien haut dans la voie. Je tombe au dernier mouvement ce qui m’assure une place en finale. Objectif atteint, maintenant ce n’est que du bonus !





Les ouvreurs Fabrice Judenne (Entraineur du club de Chamonix), Serge Blein (Entraineur du club de Briançon), Romain Desgranges (meilleur grimpeur français de difficulté) se sont bien creusés la tête pour nos concocter une voie démente qui tourne autour des 8a+. Je lis la voie jusqu'à la dernière dégaine, la suite me semble martien !

C’est partit pour la finale. Beaucoup de monde est venu pour nous encourager. Ca ne me rajoute pas de pression, au contraire les encouragements des potes que je reconnais à la voix me poussent vers le haut. Après un passage rigolo sur les boules de geisha, je me surprends à être assez bien. Chaque mouvement vers le haut est un de gagné, ni plus ni moins. Je ne tombe toujours pas… ça me surprend un peu. Je donne tout et inévitablement la pesanteur me rappel à la dernière dégaine de la voie… en même temps je ne savais pas trop quoi faire après J Le résultat ne m’importe pas trop a cet instant car je j’ai pris beaucoup de plaisir à grimper. J’ai tout donné et ne pouvais pas faire beaucoup mieux.





Les résultats tombent. Sur une voie qui compte 40 prises je tombe avec la n°37. L’italien Marcello Bombardi qui sort la voie, remporte la compétition internationale. Derrière lui 3 grimpeurs tombent avec la prise n°39 et seront départagés au temps (dans l’ordre : Alesandro Zeni (ITA), Filip Piotr Babicz (ITA), Klemen Becan (SLO). Je fini donc 5 eme de ce classement international (CISM) et 1er Français. Le 2 eme français (Cédric Sarini) tombe avec la prise n° 36. Ca se joue à rien… Pour compléter le podium français Boris Bihler termine 3 eme et sera classé 1er Vétéran, c’est donc Cyril Duchene qui prend la troisième place.

Champion de France militaire d’escalade. 


C’est encore plus que j’espérais et je suis vraiment content… surtout que les copains vont pouvoir me reparler en rentrant de Patagonie J

Merci à toute l’équipe de l’EMHM pour l’organisation de ce bel événement, notamment à la cellule com et c3m pour la réactivité et les belles photos de cet article.


Tonio


jeudi 6 novembre 2014

Rêve éphémère d'alpiniste - Face Nord des Grandes Jorasses (800m;WI4+;M4)



Une fois réveillé, vous souvenez vous de vos rêves ?
Le mien commence comme celui d’Aloysius Bertrand :
« Il était nuit. Ce furent d’abord, - ainsi j’ai vu, ainsi je raconte, - une abbaye aux murailles lézardées par la lune, -une forêt percée de sentiers tortueux, - et le Morimont grouillant de capes et de chapeaux. »

Dimanche 2 novembre, 1h30 du matin, glacier de Leschaux. La lune guide nos pas. La lune et la trace des 50 alpinistes qui nous ont précédés cette semaine dans la face Nord des Grandes Jorasses.
Je marche à demi assoupi. Je rêve encore au confort du refuge de Leschaux que nous venons de quitter. Encordée à 10 m, Ena Vrbek et 10 m plus loin Luc Mongellaz. Nous avançons en silence, concentrés sur notre objectif. Cette voie qui sort à la Pointe Young porte vraiment bien son nom. Je repense au chemin pour en arriver là. Face nord des Jorasses or not face nord des Jorasses ? C’était la question de la semaine !
« Réaliser une voie dans la face nord des Grandes Jorasses n’a rien d’anodin » dirait le sage Ratelius. C’est encore moins anodin quand tu partages cette grande course engagée avec ta copine, ou plus exactement… ta femme.



En cet automne 2014, les conditions sont excellentes et cette semaine la météo est au beau fixe. Il faut saisir cette opportunité. Coups de fil de rigueur, sempiternelles questions aux copains et copines qui ont grimpés récemment dans les Jorasses :
Seb Ratel et Ju Ravanello dans « Michto-Polonaise », Remi Peschier et David Autheman dans « Rêve éphémère », François Marsigny, Damien Tomasi, Elodie LeComte et Fanny Schmutz-Tomasi dans « Belle hélène ».
Le trouillomêtre redescend un peu. Tous me confirment les bonnes conditions. Il n’y a pas de passages extrêmes, la face n’est ni en glace bleue ni en neige incohérente, la trace de descente est bonne…

Quand Luc Mongellaz décide de se joindre à nous, l’austérité de la face nord en prend un coup. La grosse voie rigolote de lucho, son optimisme communiquant et son très bon niveau technique en fait le partenaire de cordée idéal. Encore plus pour Ena qui a enfin quelqu’un avec qui partager ses cigarillos aux relais J



Nous voilà donc à la rimaye. 4h du matin. C’est parti pour 500 m de pentes de neige/glace entre 55 et 70°. Le clair-obscur de la face apporte une touche presque féerique à cette grimpe laborieuse. La progression s’effectue à 60 m, en corde tendue. Quelques friends et bonnes broches entre nous. Quand il ne me reste que 2 broches sur les 8 emportées, je m’arête pour faire relais.





Luc prend la direction des opérations au pied de la superbe goulotte. Jamais extrêmement difficile à grimper, ou à protéger, sans être débonnaire, nous avançons bien. En 5 longueurs nous sommes dans le haut de l’itinéraire.







Petit rappel de 10m. Une dernière pente de neige-glace-mixte et c’est le sommet de l’antécime de la pointe Young.
14h. Malgré la fatigue le sourire se lit sur nos lèvres.


La vue est magnifique. Le temps s’arête un peu. Un proverbe chinois rappelle qu’une fois au sommet de la montagne tu dois continuer de grimper. C’est assez vrai ici, avec la particularité de grimper vers le bas ! La descente n’est vraiment pas un cadeau. Trois rappels nous posent au bivouac Canzio. Il faut maintenant dé-escalader, franchir des rimayes à la descente et  louvoyer entre les crevasses d’un glacier du Mont Mallet légèrement torturé.




Il est 18h lorsque nous sortons de ce labyrinthe. La nuit nous gagne et il reste à rejoindre Chamonix via le glacier de Leschaux, la mer de glace puis le montenvers.
23h, nous déposons les sacs à la maison des Praz, enlevons les chaussures pour faire respirer les pieds et les jambes fatiguées. La joie, la satisfaction et même une petite fierté nous envahie. Celle d’avoir réalisé nôtre « Rêve éphémère d’Alpiniste. »


Antoine Bletton


dimanche 5 octobre 2014

Aiguille du Chardonnet - Goulotte "Escarou"



Il n’y a pas que les Jorasses dans la vie ! Certes les conditions atomiques du moment rendent ses itinéraires mythiques un peu plus accessibles. Chacun est libre de ses choix et ses décisions. Mon idée de l’alpinisme s’éloigne un peu de faire la queue dans des voies réputées engagées avec 9 cordées au dessus de la tête.
Mais si la face nord des Grandes Jorasses est en excellente condition, certaines autres faces du massif doivent l’être aussi.
Avec Ena nous optons pour l’Aiguille du Chardonnet. Un rapide coup d’oeil sur internet, nous confirme que les goulottes du Chardonnet sont aussi en super conditions.


Au refuge Albert 1er, il y a une seule autre cordée qui va dans l’ « Aureille-Feutren ». Nous choisissons une combinaison entre la goulotte « Escara » dans le bas et la sortie par la superbe goulotte « Gabarou 79 », soit la goulotte « Escarou » J Nous serons seuls dans la voie… trop classe.


Départ du refuge à 5h du matin. La trace est bien marquée et rassurante sur ce labyrinthe crevassé de la rive gauche du glacier du Tour. A 8h nous attaquons notre voie. Les conditions optimales permettent de progresser à corde tendue. 30 m à double entre nous, avec à chaque moment la possibilité de brocher ou se protéger dans le rocher. 




Après 1/3 de la goulotte « Escara » soit environ 150m depuis la rimaye, nous bifurquons à gauche pour la sublime ligne de la « Gabarou 79 ». L’escalade n’est jamais très difficile (4 en glace et quelques pas de mixte facile), mais l’ambiance est géniale. Nous tirons 4 longueurs de 30m puis reprenons la grimpe en corde tendue pour les 100 derniers mètres.




 Summit. Nous sommes tout seuls, au soleil, la vue sur le reste du massif est magnifique. Dément quoi !


La descente du Chardonnet est aussi en bonnes conditions et nous déescaladons la plupart de l’itinéraire de la voie normale, avec 3 rappels de 30m. Nous revoilà sur le glacier crevassé et bientôt au refuge Albert 1er. Un coup d’œil sur cette belle aiguille du Chardonnet pour savourer cette superbe ligne.
Une journée démente en montagne, tout seuls, en profitant des conditions exceptionnelles de cet automne… What Else ?! J


Matériel (avec les conditions du moment) :
-Piolets et crampons techniques (Anaconda Cup light ou Coyotte light et Monocéros ou Vampire).
-5 broches.
-4 Camalots (du 0.4 au 1).
- Sangles.
- Un brin de corde à double de 60m.
- Matériel de sauvetage crevasse.

Tonio.